lundi 10 juin 2013

La Dame aux Gardénias



En fait, je ne me suis pas encore tout à fait remis de ma rencontre avec la musique de Billie Holiday. N'ayant qu'assez peu de sympathie pour le jazz vocal, j'ai ignoré de longues années les Etta James, Ella Fitzgerald et toutes les autres. C'est au cœur de cet automne glacial que j'ai eu la curieuse idée de télécharger un best of de Billie, un peu au hasard. En me promenant sur YouTube, j'avais aimé cette voix qui ne forçait quasiment jamais.

Il y a eu un avant et un après. Billie est devenue un ange gardien, elle me suit partout et pas un jour ne passe sans que sa voix ne caresse mes oreilles. Sa musique, sa voix, ses textes et sa vie me poussent, à chaque fois que j'y pense, dans un état de forte mélancolie qui peut me mener au bord des larmes. Comment une femme ayant vécu tant de tragédies et d'histoires sentimentales dérisoires a pu raconter l'amour avec autant de cœur ? Billie chante de toute sa force, avec toute son âme. Elle n'a vécu que pour donner son être tout entier à des ritournelles d'amour ou de désespoir.

Lady Day, c'est la voix d'un ange dans le corps d'une dame du monde. Des abus, de la débauche et de la débâcle surgit à chaque fois le feulement sensuel de ce chat en quête désespérée d'amour. Comment oser chanter après avoir entendu la voix de la Dame aux Gardénias ? Billie ne poussait pas sa voix sur cinq octaves, son articulation était empattée par l'alcool et le chagrin mais c'était la plus grande chanteuse de tous les temps.

Mon amour pour Billie commence à poser problème, je reviens toujours désespérément vers elle et n'arrive pas à lui être infidèle. Elle m'accompagne le matin, le soir et parfois même le reste de la journée. Quand je suis de bonne humeur, je me laisse emporter par Nice Work If You Can Get It et quand ça ne va pas, je me demande moi aussi Am I Blue ?. Good Morning Heartache est aussi une bouée de sauvetage lors des moments difficiles.

J'en viens à écrire cette bafouille un peu pour lutter contre cette terrible insomnie du dimanche soir mais surtout pour essayer d'exorciser ma fascination pour Billie. Ca ne mène nulle part et, de toute façon, le texte définitif sur la belle a déjà été écrit par Marc-Edourd Nabe (L'Âme de Billie Holiday) mais au moins, je l'aurais fait.

* Playlist Spotify

lundi 1 avril 2013

Top 10 R&B


J'ai concocté un petit top 10 de mes albums favoris de R&B sur la période 96/2006 pour le compte des mes copains de Goûte Mes Disques. Allez-y, ça me fera plaisir et vous allez passer un bon moment.

Aussi, j'ai fait une playlist Spotify avec encore plus de sons de cette chouette époque.

* Le dossier sur GMD
* La Playlist Spotify

mardi 19 mars 2013

Justin Timberlake - The 20/20 Experience (2013)

1 - Pusher Love Girl
2 - Suit & Tie feat. Jay-Z
3 - Don’t Hold the Wall
4 - Strawberry Bubblegum
5 - Tunnel Vision
6 - Spaceship Coupe
7 - That Girl
8 - Let the Groove Get In
9 - Mirrors
10 - Blue Ocean Floor

Avec son acolyte Timbaland, Justin Timberlake est à l'origine d'une mutation profonde dans la musique R&B. Son album "Futuresex/Lovesounds", vitaminé par des rythmiques électroniques froides, taillées pour le grand public, marque une cassure dans le genre qui poussera la plupart de ses stars à suivre le mouvement (de Musiq Soulchild à Usher), pour le meilleur et surtout pour le pire.

Sept ans plus tard, JT amorce un retour très attendu avec "The 20/20 Experience". Le 1er single "Suit & Tie" et l'imagerie rétro allant avec ont annoncé la couleur : retour vers le passé ! Place au bon vieux R&B, on ne le reprendra plus à faire un Sexyback ! Si, sur le papier, le programme est alléchant connaissant le talent du bonhomme (et l'énorme expérience de Timbo, auteur de ce genre de trucs notamment), le résultat est assez mitigé.

Il y a beaucoup de choses à dire sur la direction artistique de l'album. En premier lieu, pourquoi faire des morceaux aussi longs ? Je n'ai, bien sur, rien contre les odyssées musicales mais seulement quand elles ont un sens. Ici, Timberlake semble surtout étendre artificiellement ses chansons. On peut citer "Don't Hold The Wall" ou "Spaceship Coupe" comme exemples flagrants. On finit par s'endormir alors qu'un morceau étendu doit être justifié par un concept particulier, un solo ou, simplement, la beauté définitive d'une instru (un exemple parmi d'autre, dans un genre différent). C'est aussi et surtout la répétition de ces morceaux marathon qui lasse.

J'évoquais les instrus, je dois aussi évoquer ma déception sur ce plan. On a saisi le parti pris "retro" du blondinet de Memphis mais il aurait peut être fallu se souvenir que le R&B d'avant, ce n'était pas que des midtempos mous du genou. Or, ceux-ci reignent en maitre dans "The 20/20 Experience" ("That Girl", "Mirrors"...). On peut aimer mais sur la longueur d'un album, ça fait un peu longuet. Surtout que les quelques tentatives de morceaux plus dansants restent timides, mal assurées ("Let The Groove Get In"...).

Il y a quelque chose de dérangeant dans l'écoute de ce disque. Tout est conçu avec grand soin, certains moments fonctionnent (l'intro "Pusher Love Girl" est chouette, le single "Suit & Tie" fait bouger la tête) mais l'ensemble est fade. Il manque un peu de piment et de lâché prise dans cet exercice de style ultra-controlé. Pour un album de R&B, tout cela manque furieusement de synthés, de basses et, plus simplement, de plaisir. Justin Timberlake fait le taf, il déballe son concept mais le fond manque. Réussir un album, c'est évidemment beaucoup de travail mais c'est aussi un kif. On ne ressent pas du tout ça à l'écoute de ces dix pistes.

Ce qui devait être "'album de la maturité" (désolé pour le marronier mais il était dur à éviter), un projet d'émancipation artistique et de choix musicaux marqués n'est finalement qu'un simple disque de Pop. Dans le genre, c'est de la bonne came et il s'en vendra des caisses mais c'est une déception pour ceux qui ont vu en JT un successeur potentiel de Michael Jackson à l'époque de "Justified" (un album, certes, composé à l'époque pour le King Of Pop par les Neptunes). Justin Timberlake semble le cul posé entre deux chaises : tiraillé entre l'appel du grand public et l'envie de s'accomplir en tant qu'artiste. Il est dur d'arriver à marier les deux.

* Site officiel
* En écoute sur Deezer
* En écoute sur Spotify

* Suit & Tie (feat. Jay-Z)

dimanche 24 février 2013

Soulection et les plaisirs du Do it Yourself

Il y a quand même des gens de bonne volonté, sur les internets. C'est par le hasard des retweets et reblogs en tous genres que j'ai connu l'équipe de Soulection. Une bande de potes de Los Angeles ayant comme ambition de repérer, centraliser et soutenir parfois les meilleurs producteurs, chanteurs ou musiciens de musiques électroniques dans un sens très large. Il est dur de mettre des mots sur les genres défendus par ce label, la sélection concoctée au bas de cet article est là pour ça.

Ce travail passe par une veille constante sur les réseaux sociaux (avec le désormais indispensable Soundcloud en particulier) mais aussi par un podcast hebdomadaire. C'est grâce à Soulection que j'ai pu découvrir des artistes tels que Ta-Ku (dont le nom devrait devenir énorme en cette année 2013) ou Waldo. La renommée de Soulection devient tellement intéressant que des grands noms commencent à participer à l'aventure (Dam-Funk a hosté un podcast il y a quelques semaines). Une grande quantité de titres, de EPs et d'albums sont proposés sur le Bandcamp de Soulection, avec à chaque fois une présentation et des visuels ultra léchés. Le respect de l'auditeur est total et en plus, ces productions sont souvent disponibles gratuitement même s'il est possible de faire des dons.

L'exemple Soulection est un cas d'école du Do It Yourself en vigueur sur la toile. Sans velléités commerciales, cette petite bande cherche surtout à faire avancer les choses en exposant des artistes et des tendances musicales pas forcément accessibles facilement. On trouve d'autres initiatives du genre (Majestic Casual ou Wave Paradise, par exemple, proposent chacun des sélection variées et pointues, accompagnées de sublimes visuels sur Youtube et ailleurs) mais Soulection pousse la démarche très loin, devenant un acteur d'importance dans le microcosme des musiques futuristes et une vraie source d'inspiration pour tous ceux voulant proposer du contenu sur internet. Pas besoin de grands médias.

Je vais conclure cette petite présentation en proposant une petite sélection très personnelle d'artistes supportés par Soulection.



Le site de Soulection, plateforme de leurs multiples activités

mardi 19 février 2013

Kendrick Lamar @ Cabaret Aléatoire, Marseille, 18/02/2013


On l'attendait de pied ferme, Kendrick. L'exercice du live est périlleux  surtout pour un rappeur mais il est toujours terriblement révélateur. K. Dot est sans conteste la sensation Hip Hop de l'année 2012 (je ne vais pas vous refaire ma chronique de "Good Kid, M.a.a.d. City") et c'était un évènement en soi de le voir débarquer à Marseille. Malheureusement, la fête s'est révélée être un fiasco intégral.

Mettons les choses au clair tout de suite, Kendrick Lamar est complètement nul sur scène. Ne serait-ce que techniquement, il n'a aucun souffle, aucune présence, aucun charisme. Il est présent sans l'être, il ne sait ni bouger ni chauffer une salle (sauf quand il fait scander le mot "nigga" à la foule, petit malaise). Plus dérangeant encore, il semble profondément s'ennuyer au milieu de sa musique, déjà blasé par ses sons.  Il fait le taf, ne prends aucun plaisir.

Je vais comparer l'incomparable mais quatre jours plus tôt, j'ai assisté à un set de DJ Premier. Il n'a passé que des vieux classiques (ses productions et d'autres trucs) mais était au taquet tout le long et pourtant, on peut dire que Primo a joué Nas Is Like quelques fois de plus que Kendrick "Money Trees"... En mettant les deux lives cote à cote, il est étonnant de voir où se trouvent l'énergie, la passion et la fougue entre le MC de 25 ans et le DJ de 47...

Outre tout cela, j'ai aussi passé une soirée exécrable parce qu'au milieu d'un public détestable. Si ce concert a été décalé de deux semaines, je crois que c'était pour coller avec les vacances scolaires, en fait. Cerné par des petits lycéens hipsters, je me demandais vraiment ce que je foutais là. En première partie, on retrouvait DJ Djel (Fonky Family) qui enchaînait les classiques West Coast. Beaucoup de ces teens  connaissaient How We Do mais à peu près personne ne semblait très inspiré par Doggy Dogg World...

Je suis probablement dépassé, ahuri et trop dogmatique, mais je ne supporte pas qu'on puisse se revendiquer fan d'un gars comme Kendrick Lamar sans pour autant saisir ses influences et les problématiques de la musique West Coast. Parmi tous ces gamins (dont une part non-négligeable portaient des vêtements griffés NYC ou Brooklyn, ce qui dit beaucoup de chose sur leur ignorance), combien ont déjà entendu parler de DJ Quik ? Du Dogg Pound ? De MC Eiht (dont le couplet a été squizzé lors de "M.a.a.d. City", d'ailleurs) ? Ou ne serait-ce que des Pyrus et des Crips dont parle Kendrick ?

Tous ces liseurs de Pitchfork ont bien évidemment le droit d'être là mais j'ai beaucoup de mal à ne pas me sentir complètement baisé. Je ressens ce curieux sentiment de me faire exproprier ma musique, celle que j'écoute depuis des années. Bien sur que le Rap a changé, bien sur qu'on est plus en 1997, bien sur, bien sur, bien sur. Je continue pourtant de penser que les symboles ont du sens et que les symboles doivent être respectés. Qu'en écoutant un artiste se revendiquant de Compton, la moindre des choses serait de se pencher sur ce qu'une telle proclamation peut signifier. Parce que c'est une condition sine qua non pour obtenir les clés de "Good Kid, M.a.a.d. City".

J'ai probablement trop cru au phénomène Kendrick, en son aura complètement illusoire de héraut du Rap West Coast. Ce dernier étant complètement absent hier soir, alors qu'il est censé être au centre de sa musique. KL est bien un rappeur contemporain, sans véritable attache musicale (quoi qu'il en dise) ni passion du MCeeing. Un rappeur de Packard Bell Music, pour reprendre une expression de DJ Premier.

Evidemment que ma colère est disproportionnée  que tout ça n'est que du divertissement et que si je kiffe pas, j'écoute pas et puis c'est tout. Puis après tout, je ne suis qu'un blanc à lunettes qui fait des pathétiques W avec ses doigts et ne foutra jamais les pieds à Compton, ma légitimité est assez limitée. Mais mon rapport à la musique, à celle-ci en particulier est trop intime, trop passionnel et remonte à trop loin pour que je ne prenne pas ça au sérieux. J'ai trop vécu au son des MCs californiens pour rester de marbre quand on piétine leur héritage. Kendrick n'est pas le petit prince du Rap de Compton mais plutôt son fils bâtard et "Good Kid, M.a.a.d. City" m’apparaît  finalement ce matin comme l'oraison funèbre d'une musique qui a été et qui ne sera plus jamais.



Un petit précis du genre d'ambiances que j'aurais voulu humer hier soir...